Mon IBAN a fuité : quels risques, que faire ?
C'est la ligne qui inquiète le plus dans un bilan de fuite, et pour de bonnes raisons : un numéro de compte bancaire, ça ne se change pas comme un mot de passe. Voici ce qu'un IBAN permet réellement, ce qu'il ne permet pas, et les trois gestes qui suffisent dans la plupart des cas.
Ce qu'un IBAN permet — et ce qu'il ne permet pas
Un IBAN identifie votre compte. C'est une donnée que vous communiquez régulièrement : à votre employeur pour le salaire, à votre bailleur, à votre opérateur, à votre assurance. Elle n'a jamais eu vocation à rester secrète, et c'est le point rassurant du dossier.
Ce qu'on ne peut pas faire avec votre IBAN seul : retirer de l'argent, effectuer un virement depuis votre compte, ou se connecter à votre banque en ligne. Un virement part de votre espace bancaire, protégé par vos identifiants — pas du numéro de compte.
Ce qu'on peut tenter : mettre en place un prélèvement. Un prélèvement suppose normalement un mandat que vous avez signé, mais un fraudeur peut en déclencher un sans mandat valable, en pariant sur le fait que vous ne regardiez pas vos relevés. C'est réversible — et c'est justement pour ça que la loi prévoit des délais de contestation confortables.
Le risque le plus sérieux n'est pas celui qu'on croit
Dans la pratique, l'IBAN volé sert surtout à rendre une arnaque crédible. Un correspondant qui vous appelle en annonçant qu'il est du service fraude de votre banque, qui connaît votre nom, votre agence et les derniers chiffres de votre compte, obtient une confiance qu'un inconnu n'aurait jamais. Ensuite vient la demande : valider une opération dans l'application, lire un code reçu par SMS, ou « mettre vos fonds à l'abri » sur un compte tiers.
Une règle vaut ici toutes les protections techniques : une banque ne demande jamais de valider une opération, de communiquer un code ou de déplacer de l'argent par téléphone. Si on vous le demande, quelle que soit la qualité du discours : raccrochez, puis rappelez le numéro inscrit au dos de votre carte. Notre guide sur les arnaques après une fuite détaille les scénarios.
Les trois gestes qui suffisent
- Regardez vos relevés une fois par mois. Ce n'est pas glamour, mais c'est la seule chose qui détecte un prélèvement frauduleux, généralement de petit montant pour passer inaperçu. Activez au passage les notifications de mouvement dans votre application bancaire.
- Contestez sans hésiter ce que vous ne reconnaissez pas. En zone SEPA, un prélèvement que vous n'avez jamais autorisé se conteste jusqu'à treize mois après le débit ; huit semaines s'il s'agit d'un prélèvement autorisé dont vous contestez le montant. Faites la demande par écrit à votre banque, qui doit en principe rembourser un prélèvement non autorisé.
- Demandez à votre banque les outils de contrôle des prélèvements. La plupart proposent, depuis l'application ou l'espace en ligne, de bloquer un émetteur, de plafonner ou de n'autoriser que des émetteurs connus. C'est gratuit, et cela ferme la porte durablement.
Faut-il changer de RIB ?
Rarement. Changer de numéro de compte veut dire reprendre le salaire, les prélèvements, les abonnements, les remboursements de santé — des semaines de démarches, avec un risque d'oubli à chaque ligne. Et le nouvel IBAN sera communiqué, lui aussi, à une dizaine d'organismes dès la première semaine.
La question se pose vraiment dans un seul cas : des tentatives répétées malgré les blocages. Votre conseiller est alors le bon interlocuteur — c'est lui qui verra si une simple restriction d'émetteurs suffit, ou si le changement est justifié.
Le cas français : la fuite Free d'octobre 2024
Si vous cherchez ce guide, il y a de bonnes chances que ce soit à cause d'elle. La cyberattaque contre l'opérateur Free a exposé, pour une partie des abonnés Freebox, l'IBAN utilisé pour le prélèvement de l'abonnement — en plus des noms, adresses et téléphones. Le détail de ce qui a fuité est sur notre page dédiée : la fuite Free.
Les gestes ci-dessus s'appliquent tels quels. Un point à garder en tête : une donnée bancaire exposée ne « périme » pas. Le risque ne disparaît pas au bout de quelques mois — il devient une vigilance de fond, ce qui est très différent d'une urgence.
Une donnée bancaire exposée, ça se surveille dans la durée
Les fuites contenant des données bancaires sont souvent révélées longtemps après les faits, et il en arrive de nouvelles. Veillify surveille vos adresses toute l’année : un débrief chaque mois, une alerte le jour même quand une nouvelle fuite vous touche, et le tri entre ce qui est grave et ce qui ne l'est pas. À partir de 10 €/an, soit 83 centimes par mois.
Questions fréquentes
Peut-on vider mon compte avec mon IBAN seul ?
Non. Un IBAN ne permet pas de retirer de l'argent ni d'effectuer un virement depuis votre compte : il sert à vous payer, ou à mettre en place un prélèvement, qui suppose un mandat et reste contestable. Le risque n'est pas le vidage direct du compte, mais le prélèvement frauduleux discret et surtout l'arnaque au faux conseiller que l'IBAN rend crédible.
Dois-je changer de numéro de compte après une fuite ?
Dans la grande majorité des cas, non : c'est une opération lourde — salaire, prélèvements, abonnements à refaire — pour un gain limité, puisque l'IBAN est de toute façon communiqué à chaque employeur, bailleur ou fournisseur. Le changement se discute si vous subissez des prélèvements frauduleux répétés ; votre conseiller est alors le bon interlocuteur.
Combien de temps ai-je pour contester un prélèvement ?
En zone SEPA, un prélèvement que vous n'avez jamais autorisé se conteste jusqu'à treize mois après le débit. Pour un prélèvement que vous aviez autorisé mais dont vous contestez le montant, le délai est de huit semaines. Dans les deux cas, la demande se fait auprès de votre banque, de préférence par écrit.